Envies de Partir

L’envie de partir autour du monde m’est venue il y a une trentaine d’années en assistant à une conférence « Découverte du Monde » sur les plus beaux sites de plongée sous marine.

Je me suis promis qu’un jour je partirai …

Trente ans sont passés et ce jour est arrivé. Pas encore celui du départ, mais l’idée a germé, le principe est arrêté, le bateau commandé, la date du départ fixée.

Il a fallu convaincre mon entourage immédiat de tout abandonner et de me suivre dans cette folle aventure. J’ai la chance d’avoir une femme extraordinaire, qui a toujours montré des capacités d’adaptation hors du commun (Roger dit que c’est très vrai, mais uniquement pour ce qui vient de moi ! )C’est grâce à elle qu’un tel projet est possible.

Les raisons de partir sont innombrables, bien sûr il y eut cette promesse d’adolescent faite à lui-même, mais d’autres raisons beaucoup moins futiles sont apparues avec le temps et j’éprouve le besoin de les mettre par écrit, probablement pour convaincre les sceptiques parmi ma famille, mes amis. Peut-être même des inconnus lisant notre histoire y trouveront les raisons qui leur manquent pour sauter le pas à leur tour …

Envie d’aventure

Notre vie quotidienne manque cruellement d’excitation, d’imprévu, de découverte, de renouvellement …, elle est au contraire trop souvent une suite de journées identiques rythmées par la routine. Le besoin d’aventure, et non pas d’aventures, a toujours été présent, mais à 52 ans, ce besoin est devenu une nécessité. J’ai envie de rompre avec mon emploi du temps monotone lié essentiellement à mes obligations professionnelles.

Mener un bateau autour du monde en nous arrêtant où et quand nous le décidons sans autre obligation que le plaisir de voyager et de découvrir me semble être le plus proche possible du compromis idéal : liberté et … confort.

Faire découvrir le monde aux enfants

Nos enfants n’ont pas comme moi cette curiosité, cet esprit d’aventure qui pousse à voyager. Du monde, ils ne connaissent que Roquefort les Pins , ils s’imaginent probablement y passant toute leur vie, ils ne voient aucun intérêt à aller voir ailleurs, tous leurs désirs y sont comblés. J’ai la conviction qu’il faut les emmener moi-même découvrir le monde.

Changer les règles du jeu

Les règles de notre société sont simples, ou plutôt étaient simples : travail, performance, efficacité, productivité …Ces règles m’ont convenu tant que l’immense majorité y adhérait comme moi. Malheureusement les règles ont changé, l’ « arnaque » ou plutôt la triche s’est imposée comme règle de base … Alors quand les règles changent et qu’on ne les aime pas, on quitte le jeu !

Ralentir l’horloge

Vous en conviendrez : le temps passe trop vite. Les semaines identiques défilent. Sincèrement, qu’y a-t-il de plus déprimant ?

L’avez-vous constaté ? En vacances, le temps semble filer moins vite …Si c’est vrai, je vous le dirai, c’est promis.

Nous n’avons qu’une vie et pourtant nous aimerions en avoir plusieurs. Sans attendre une improbable réincarnation, je préfère vivre une deuxième vie avant qu’il ne soit trop tard.

Mari à plein temps

J’ai régulièrement le sentiment que nos emplois du temps respectifs ne favorisent pas la vie de couple. Dans la semaine, la fatigue des longues journées de travail fait que, le soir venu, je suis de très mauvaise compagnie, pour ne pas dire plus. Les week-ends n’échappent pas non plus à cette règle, étant donné qu’on les occupe essentiellement à travailler ( pour ceux qui l’ignorent, nous construisons une maison depuis 5 ans). Restent les vacances passées en couple dont les dernières remontent à … je ne sais plus, mais dont je garde un excellent souvenir. Je promets que les prochaines sont proches et dureront très longtemps.

« Etre un mari à plein temps » me plait bien et même s’il y a dans cette expression un petit côté démagogique, je suis certain que je le préfèrerai à mon rôle actuel de « mari à temps partiel ». Reste à savoir comment ma femme me préfère …. ! Je vous tiendrai au courant …

Père à plein temps

Le même raisonnement s’applique aux enfants. Le fait que les enfants grandissent trop vite n’est pas nouveau, tous les parents le savent. Nous sommes parfaitement conscients de ne pas souvent leur donner le meilleur de nous-mêmes, mais comment faire plus avec nos vies de fous ? Vivre 24 heures sur 24 avec les enfants demandera certainement des aménagements pour préserver la vie de chacun, mais au moins je ne pourrai plus me reprocher de les négliger.

A ce propos, je pense souvent à une chanson de Cat Stevens, « Cats in the Cradle » . Un petit garçon n’a qu’un but dans la vie : ressembler à son père. Mais celui-ci , trop occupé, n’a jamais le temps de jouer… Les années passent, le père est maintenant à la retraite et les rôles s’inversent : c’est lui qui sollicite son fils dorénavant, qui à son tour n’a plus de temps à lui consacrer. Le fils a fini par atteindre son but : ressembler à son père ! Triste. A méditer …

Vivre « écolo »

L’écologie est à la mode. Tant mieux. Depuis des années, je circule en vélo, j’ai supprimé tout hydrocarbure à la maison, cad ni fuel, ni gaz …

Bien sûr, je ne suis pas assez naïf pour croire que nous ne vivrons que de pêche et de cueillette, que nous ne naviguerons qu’à la voile …etc. Mais nous aurons, c’est sûr, un comportement plus responsable, plus « écologique » vis-à-vis de tout ce que nous consommerons : chaque watt consommé devra d’abord être produit à bord avec des panneaux solaires si possible, chaque litre d’eau devra être d’abord récolté ou produit, chaque kilo de déchets sera d’abord stocké à bord, tout produit acheté viendra alourdir et encombrer un bateau déjà bien chargé … Nos habitudes de gros consommateurs vont devoir changer.

Nouveau défi

Pendant des années, j’ai assisté en spectateur admiratif au triathlon longue distance de Nice. Je regardais pendant des heures ces athlètes enchaîner 4 km de natation, 120 km de vélo et 30 km de course à pied jusqu’au jour où un ami a lancé un défi : et pourquoi pas nous ? J’ avais 40 ans à l’époque, n’étais pas monté sur un vélo depuis 25 ans, ne courais jamais et me baignais chaque été comme tout le monde … sans plus. Il m’a fallu 4 ans d’entraînement pour oser m’inscrire et terminer le triathlon dans un temps raisonnable (8h30). A l’époque je pensais qu’il y avait 2 sortes d’humains : les triathlètes et les autres !

Les marins également ont toujours suscité mon admiration… Et pourquoi pas nous ? Ma seule expérience de voile, en dériveur, remonte à mon adolescence,ma femme ne sait pas nager, a horreur de l’eau, apprécie le confort d’une grande maison et la présence de nos 5 enfants. La convaincre de tout abandonner et de partir à l’aventure pour plusieurs années est en soi un véritable exploit. Quant au défi, il sera de réussir ce pari, de faire en sorte qu’elle et les 2 enfants prennent plaisir à ce voyage et me disent un jour : il y a 2 sortes d’humains : les marins et les autres !

Mauvaises raisons

Il existe enfin des raisons de partir que j’appelle « mauvaises ». Parce que je n’en suis pas fier, elles seraient presqu’ inavouables .

Depuis des années nous assistons au lent déclin de la France. Dans la plupart des domaines, nous étions dans le peloton de tête des nations, nous sommes désormais au milieu, voire en fin de classement, et surtout ce glissement reflète la décomposition générale de notre société.

Un président et une équipe ont été élus pour combattre cet inexorable appauvrissement. La tâche est immense.

En Démocratie, l’équipe au pouvoir applique le programme pour lequel elle a été élue.

Malheureusement, c’est la rue qui décide dorénavant avec la complicité à peine masquée de la plupart de nos médias. Tout projet de réforme est systématiquement torpillé.

Ce spectacle m’est insupportable, alors je fuis. Je fuis lâchement, je l’ai dit, je n’en suis pas fier.

S’il faut 10 ans à Sarkozy, alors j’attendrai 10 ans…mais ailleurs.

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